Lettres d’amour à vos trolls

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Ils sont community managers ou responsables de communication, qui en exercent la fonction. L’élu(e) de leur cœur est un troll – vous savez, ces personnages malfaisants qui viennent perturber le débat – et ils lui déclarent aujourd’hui une flamme… parfois au napalm ! Vous avez eu votre dose de guimauve, dans les médias et sur les panneaux lumineux de votre ville ? Vous n’allez pas être déçus ; ici, l’amour n’a pas forcément le même goût…

Régalez-vous avec ces 10 lettres écrites par Benjamin TeitgenMarc Thébault, Noëlle Saunier, Damien Filbien, Pierre Renaud, Cécile Ferrer-StarozValentine Desbois, Philippe JolySéverine Alfaiate et Géraldine Sourdot. Mise à jour : et deux nouvelles de Thomas Biarneix et Karen Patouillet ! Plus quelques tweets bien sentis. Un florilège de déclarations d’amour ou de haine, en rimes ou en chanson, tantôt stratégiques, psychologiques, intimes, sarcastiques, mais toujours tout en finesse et élégance.

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L’idée de ce billet, comme de l’opération #LDAMT16 part de cet article (déjà culte) écrit en 2013 par Benjamin Teitgen, responsable des éditions print / web de la Métropole et ville de Rennes. Ce texte fondateur et drôle ouvre donc le bal. Oui, comme nous l’explique Benjamin, avoir un troll peut être une chance dans sa stratégie éditoriale. Une aubaine, servie sur un plateau, pour mettre les points sur les i… et les barres au t du troll !

Déclaration d’amour à mon troll

À mon troll,

Je t’écris ces quelques lignes pour te dire à quel point tu m’avais manqué. Je sais, on ne se connait pas. Enfin, disons plutôt que tu ne me connais pas, car moi je pense avoir appris à te connaître plutôt bien…

Je ne t’avais pas vu ni lu depuis longtemps, et soudainement, la semaine dernière, tu es revenu, à mon grand étonnement. Les échanges que nous avons eus, habilement cachés derrière ton pseudo et mon identité institutionnelle, m’ont fait comprendre à quel point tu m’avais manqué. J’ai donc décidé de te déclarer mon amour (presque) sincère et (presque) sans arrière-pensée.

« Par ta seule présence, tu me permets de donner des gages d’ouverture »

Tu ne le sais sans doute pas, car tu ne t’es jamais posé la question, mais tu m’apportes énormément quand tu viens tenter de « pourrir » les espaces de discussion que j’anime.

Pour commencer, par ta seule présence, tu me permets de donner des gages d’ouverture à l’ensemble de notre communauté. Tu es la preuve vivante de ma bonne volonté et de mon ouverture au dialogue. Sans le moindre doute, tu vaux plus que tous les « labels truc » et certificats ISO je-ne-sais-quoi…

Par tes interpellations ou tes propos à l’emporte-pièce, tu me donnes l’occasion inespérée de m’adresser à tout le monde à travers toi. Il y a tant de choses qui semblent évidentes, qui vont sans dire, mais qui vont mieux en le disant… et que je peux exprimer grâce à toi. Quand je repense à tous ces messages et toutes ces informations que je peux adresser à tout le monde en répondant à tes invectives, qui hors contexte passeraient pour de la « com un peu trop insistante » et qui deviennent de simples « mises au point » ou « précisions »… c’est une bénédiction !

« Tu es une aubaine pour mon taux d’engagement et mon reach »

Grâce à tes interventions saugrenues, à ta mauvaise foi et à ta légendaire délicatesse, tu arrives même parfois à liguer contre toi et autour de moi toute une série de « fans » qui s’empressent de venir me défendre. J’avoue que je n’en demandais pas tant…

Tu réagis, sur-réagis, tu fais réagir les autres, alimentes le débat et la controverse… bref tu es une aubaine pour mon taux d’engagement et mon reach. Malgré toi, tu me permets donc même de gagner en visibilité pour mes messages actuels et futurs. Sois-en éternellement remercié.

Autre bienfait de ta présence et de tes débordements, tu me donnes fréquemment l »occasion inespérée de m »afficher sous mon meilleur jour. Grâce à toi, je peux montrer à tout le monde à quel point je suis tolérant, zen, drôle, accessible, mais aussi à quel point je maîtrise mes sujets sur le fond comme sur la forme.

Enfin, « last but not least », tu me permets également de faire un important travail sur moi-même : self-control, lâcher prise, distanciation… tu n’imagines pas les économies de psy que je peux faire grâce à toi !

Excuse-moi par avance si certains jours je suis moins réceptif et plus susceptible, mais je t’en prie, continue, et surtout reste dans les limites de ma charte de modération, car ça me ferait vraiment mal au cœur d’être obligé de te bannir ! Alors s’il te plaît, ne tombe pas dans l’insulte, l’attaque personnelle ou le prosélytisme. Reste dans ce que tu fais le mieux : la rumeur, la critique et la mauvaise foi… Reste toi-même, ne change rien, je t’aime comme ça.

[Texte écrit par Benjamin Teitgen,
également publié ici]

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marc-thebaultC’est sur le registre de la compassion, avec le talent et l’humour qu’on lui connait, que Marc Thébault, directeur de la communication de l’agglomération de Caen-la-Mer, a décidé de rédiger sa lettre d’amour. Pour Marc, le troll nous invite à l’introspection, jusqu’à mettre notre part d’ombre en lumière. Puis, Dr Thébault allonge ses trolls sur le divan, pour y voir d’attachants vilains petits canards souffrants. La fin est plus rassurante…

Lettre d’amour, et de compassion, à nos trolls

Une fois n’est pas coutume, intéressons-nous à celles et ceux qui nous veulent du mal, a priori. Je te dis bien « a priori » car, avec un peu de recul, nous allons sans doute constater que, si au premier degré, c’est la haine et le glauque qui s’affichent, au second degré, c’est une part d’humanité qui s’exprime et qui, de plus, va entraîner des effets indirects absolument bénéfiques. Donc, oui, cela vaut vraiment la peine d’écrire une lettre d’amour à nos trolls.

D’abord, le troll est forcément révélateur de notre part d’ombre. Ayant, lui, eu le courage d’hurler au grand jour son côté obscur, alors que nous sommes recroquevillés derrière notre désir petit bourgeois de bonne et belle apparence, le troll ose tout. C’est même à ça qu’on le reconnaît. Certes, il va avancer masqué ; mais on va lui pardonner cette coquetterie car l’essentiel n’est pas là. Non, ce qui importe en vérité, c’est qu’il fait résonner en nous nos plus bas instincts et nos plus viles pensées. Et cette découverte ne peut être vaine car elle nous éclaire, forcément, sur notre vraie nature. Un peu comme le profiler se doit d’aller puiser au plus profond de lui ses côtés les plus noirs pour mieux, ensuite, comprendre qui il doit chasser.

« C’est vers son père incestueux, alcoolique et brutal ou sa mère libidineuse, manipulatrice et frivole – voire les deux – qu’il faudrait tourner nos reproches »

Ensuite, le troll souffre, visiblement. Sans être de grands experts de Freud et des traumatismes de la petite enfance, il est assez aisé d’envisager que cette conduite déviante (entendre : « qui s’écarte volontairement des codes de bonnes conduites sur les réseaux sociaux ») trouve sa source dans de douloureux rapports avec les parents. Comment expliquer sinon autant de haine et de méchanceté accumulées ? Impossible donc lui en vouloir totalement alors que c’est vers son père (incestueux, alcoolique et brutal ?) ou sa mère (libidineuse, manipulatrice et frivole ?) – voire les deux – qu’il faudrait tourner nos reproches ? Surtout que, cerise sur le gâteau, le hasard génétique a peut-être joué un sale tour à notre troll en ne sélectionnant, pour son patrimoine héréditaire, que les pires aspects de l’ADN de ses géniteurs, qu’il s’agisse de traits de caractères ou de particularités physiques ? Accordons donc immédiatement des circonstances atténuantes à ce vilain petit canard qui ne deviendra jamais un cygne.

« L’usurpateur réussit pendant quelques temps à se tenir à la place qui appartient de droit au héros »

Et puis, « ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » ! Oui, qu’il est fort ce lien réciproque de dépendance qui nous unit à jamais. Nous le savons, et Benjamin Teitgen l’a parfaitement écrit, la mise en valeur de nos propres qualités est proportionnelle aux gerbes en 140 caractères de nos coquins. Plus elles sont glauques, plus nous pouvons démontrer nos bonness et exceptionnelles facettes, intelligence, compassion, droiture morale et tolérance incluses. Mais, en sens inverse, c’est parce que nous existons que le troll peut s’exprimer et apparaître au grand jour. Nous avons donc une grande responsabilité. Si, depuis Saint-Exupéry, nous savons que nous sommes responsables des choses que l’on apprivoise, rappelons que nous sommes responsables de ce que nous avons fait émerger ! Nous sommes ceux par qui le troll arrive ! Ne nions pas cette causalité. Et, pour mieux comprendre, laissons à Victor Hugo les mots pour le dire (extraits de A ceux qu’on foule aux pieds) :

« Hélas ! Combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
[…] Acharnez-vous ! Soyez les bien venus, outrages.
C’est pour vous obtenir, injures, fureurs, rages,
Que nous, les combattants du peuple, nous souffrons,
La gloire la plus haute étant faite d’affronts.
 »

 

Enfin, tout finit toujours bien. Dans l’univers des mythes et légendes séculaires nordiques, pour Wikipédia, « le plus souvent les trolls sont considérés comme dangereux et malhonnêtes. Dans cette tradition, le troll est fréquemment relié à des légendes d’enlèvements d’adultes ou d’enfants, d’après des légendes comparables à celles du folklore celte. ». Et puisque l’on parle de personnages de légendes, relisons Bruno Bettelheim qui a écrit, dans Psychanalyse des contes de fées : « Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d’abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. ». On le voit donc sans équivoque, le troll est utile comme révélateur et comme guide.

« Les méchants des contes finissent toujours par perdre »

Merci donc cher troll, toi sans qui la vie, sur les réseaux sociaux du moins, serait tellement moins romanesque. Merci également de nous faire vérifier régulièrement cette conclusion, toujours de Bettelheim : « Le mal est présenté avec tous ses attraits – symbolisés dans les contes par le géant tout-puissant ou par le dragon, par les pouvoirs de la sorcière, la reine rusée de Blanche-Neige – et, souvent, il triomphe momentanément. De nombreux contes nous disent que l’usurpateur réussit pendant quelques temps à se tenir à la place qui appartient de droit au héros (comme les méchantes sœurs de Cendrillon). Ce n’est pas seulement parce que le méchant est puni à la fin de l’histoire que les contes ont une portée morale ; dans les contes de fées, comme dans la vie, le châtiment, ou la peur qu’il inspire, n’a qu’un faible effet préventif contre le crime ; la conviction que le crime ne paie pas est beaucoup plus efficace, et c’est pourquoi les méchants des contes finissent toujours par perdre. ».

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[Texte écrit par Marc Thébault]

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noelle-saunier« La haine n’est pas le contraire de l’amour, c’en est l’envers ». Par cette citation d’Honoré de Balzac, Noëlle Saunier, responsable de la communication de la mairie de Lieusaint, donne le ton de sa lettre. Plus le portrait avance, plus on sent la crispation. Son « Je t’aiiime » semble chanté par une Lara Fabian au bord de la crise de nerfs, qui tiendrait un micro dans une main, et un croc de boucher dans l’autre. Non Noëlle, faut pas craquer…

Lettre d’amour à mon troll

J’aurais dû m’en douter. Tous les symptômes sont là, évidents, et pourtant je ne les vois pas. Je me voile la face.

Je guette tes messages chaque matin et même parfois le soir… tard. Je vérifie leur arrivée sur mon Iphone toutes les 8 minutes en moyenne, quand je ne suis pas devant mon mac, afin de répondre le plus vite possible : faire baisser mon temps de réponse ? Que nenni ! Je fouille dans ton profil afin de trouver une photo de toi : il n’y a que ton avatar. Je googlise ton nom pour connaître tes passions (en dehors de ton activité de troll), ton métier…

En fait, cela crève les yeux, je l’avoue enfin : je suis amoureuse. Oui amoureuse de toi… mon troll. Aujourd’hui, je veux le crier à la face du monde : JE T’AIME !!

« La haine n’est pas le contraire de l’amour, c’en est l’envers. » (Honoré de Blazac)

J’aime tes coups de gueule contre les morilles qui poussent en février alors qu’elles devraient pousser en avril (d’ailleurs je ne crois pas t’avoir remercié pour cette jolie photo de ladite morille postée sur ma page). Certains hommes m’ont offert des fleurs pour la Saint-Valentin. Idiots qu’ils étaient ! Toi c’est une morille ; tellement plus original.

J’aime ta mauvaise foi, j’aime que tu me mettes sur un piédestal et que tu imagines que je suis omnisciente, capable de tout régler et responsable de tout : les avions qui volent trop bas dans le ciel, les champignons (ça j’en ai déjà parlé mais cela m’a marqué), le médecin de la commune qui est décédé (c’est sûr j’ai du récupérer ton dossier médical, « si c’est pas la mairie qui l’a, je vois pas qui !»), le lampadaire éteint juste devant chez toi (un complot, encore un coup de la mairie), les chenilles processionnaires, la neige qui tombe, le TROU DANS LA COUCHE D’OZONE (!!!)…

« J’aime que tu me donnes des conseils pour mieux communiquer, parce qu’enfin, c’est vrai, parfois je fais mal mon travail  »

J’aime que tu me donnes des conseils sur le façon dont il faudrait faire pour « mieux communiquer », parce qu’enfin c’est vrai, parfois, « je fais mal mon travail ». J’aime tes fautes de syntaxe et d’orthographe. J’aime ton sens de l’à propos, quand tu fais tes commentaires, sur-commentaires sur des post qui n’ont rien avoir avec le sujet.

J’aime ta présence assidue aux réunions publiques, conseil municipal pour poser LA bonne question, qui fera du BUZZ, et qui sera pertinente pour l’intérêt général.

Voilà, ma déclaration, j’espère que nous pourrons enfin nous rencontrer très bientôt. Dimanche, jour de la Saint-Valentin, sur les panneaux lumineux de la ville défilera mon message d’amour. J’espère qu’il touchera ton cœur de troll. Car, enfin, que serait ma page, que serait ma vie… sans toi ? <3

iloveyou

[Texte écrit par Noëlle Saunier]

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damien-filbienC’est en rimes que Damien Filbien, chargé de communication et community manager de la ville d’Arras, a choisi de faire sa plus jolie déclaration. Face à celui qui répond avec sa rage, les rimes de Damien font un carnage. Plus le troll l’insulte, plus le CM le catapulte ! Alors, ne fais pas trop le malin, gros cafard ou petit scarabée, sinon le poète des réseaux sociaux va te clasher dare-dare et rabaisser ton caquet… À bon entendeur, salut les glandeurs !

Ô mon cher troll,

Cette Saint-Valentin est l’occasion rêvée de te déclarer mon amour,
Cet amour sincère et qui se traduit souvent par des LOL de ras-le-bol,
Toi qui viens pourrir mes posts, toi mon amour de vautour,
Merci d’être si présent, grâce à toi je travaille mon self-control,
Grâce à tes intrusions, je m’épanouis chaque jour.

Tu attaques l’institution, les fans te taxent de guignol,
Tu m’attaques personnellement, je prends un plaisir sans détour.

« Tes allusions graveleuses et gratuites sont une véritable poésie »

Ô mon cher aigri,
Ta mauvaise foi et ta méchanceté souvent me comblent de bonheur,
Tes allusions graveleuses et gratuites sont une véritable poésie,
Une poésie engageante qui me donne caution pour jouer les loveurs.

Mes réponses sont likées et commentées, pour moi c’est le paradis,
Bien caché derrière ton écran, fort et fier tel un gladiateur
Tu me provoques, m’insultes et j’aime être à ta merci,
A l’écriture de ces mots, je suis ému, je suis ton éternel admirateur.

En ce 14 février, jour de Saint-Valentin et de mon anniversaire qui plus est,
Mon cher troll, mon cher aigri, je t’aime d’amour, tu es mon bonheur.

starswars

[Poème écrit par Damien Filbien]

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pierre-renaud

Après la poésie, c’est en chanson, que Pierre Renaud, responsable de la communication en ligne de la ville de Saint-Dizier, a choisi de faire sa déclaration… de rupture ! Pour bien profiter de ce texte, il faut le lire, en écoutant la musique de l’Eté Indien de Joe Dassin, qui va avec. Toi, qui tu nous lis au bureau, monte le son et réveille ton open space, en poussant la chansonnette avec l’ami Pierre… Que la farce soit avec toi !

Lettre de rupture à mon troll

Tu sais, je n’ai jamais été aussi vénère que ce matin-là
Je lisais tous les messages, même des plus étourdis
C’était un média, de ceux qu’ont qualifie de sociaux
Internet, certains croient que c’est juste pour faire chic
Ici, des trolls comme toi on y peut rien
Et tu étais tout simplement le nôtre
Avec tes fautes de français, tu ressemblais
À un Bescherelle écrit par Franck Ribéry
Et je me souviens, je me souviens très bien
De ce que je voulais te dire ce matin-là
Comme tous les jours, toutes les semaines, et pour l’éternité

« On te lira, où tu voudras, quand tu voudras »

On te lira, où tu voudras, quand tu voudras
Et on te modérera encore, lorsque Facebook sera mort
Tous tes posts, seront semblables à celui-là
Aux couleurs, de ta mauvaise foi

Aujourd’hui, je suis habitué et toutes ces questions bêtes
Et je sais me contrôler
Je m’en fiche de toi
Où es-tu ?
Que fais-tu ?
Pour tout te dire, ça ne me fait ni chaud ni froid
Je regarde ces gens qui voudraient décrocher la lune
Tu vois, certains d’eux montrent leur derrière
Comme eux, tu postes ça en public
Et tu t’en fous bien
Tu t’en fous bien de l’avis des autres
Des opinions, des arguments qui te cassaient, toi, l’amer
Pour l’éternité, toutes les semaines, et tous les jours

On te lira, où tu voudras, quand tu voudras
Et on te modérera encore, lorsque Facebook sera mort
Tous tes posts, seront semblables à celui-là
Aux couleurs, de ta mauvaise foi.

« Je dédie ce billet à ma femme,
Qui sait toujours trouver les mots pour m’apaiser,
Et à ma mère,
Éternel soutien et grande fan de Joe Dassin. »

[Chanson écrite par Pierre Renaud,
également publiée ici]

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Chaque occasion de rire, surtout lors d’une situation difficile, s’apprécie comme un cadeau. « Merci pour ce moment », lance donc à son troll Cécile Staroz-Ferrer, journaliste territoriale et community manager au Conseil départemental du Finistère. Dans cette lettre, brodée avec amour, comme des petits cœurs sur des chaussettes blanches, Cécile s’inspire de faits réels et raconte sa première vraie frayeur de community manager.

I love my troll

T’écrire pour la Saint Valentin me rappelle quand j’ai dû trouver un cadeau « spécial love » en pleines vacances au ski… Une sorte de pensum. Tout ce que j’avais trouvé c’étaient d’infâmes chaussettes blanches avec des coeurs pour mon chéri de l’époque … le pauvre !

Bref je t’écris pour te dire que finalement je te remercie, à défaut de t’aimer follement. Si si. Merci du fond du coeur.

Quand j’ai découvert ton message ce matin là, j’avoue que j’ai blêmi devant mon écran au bureau… Phrases quasi incompréhensibles, fautes, majuscules utilisées à foison et insultes à mes élus, nombreuses et très bien orthographiées elles, par contre… Ton message était long et moche.

« On supprime tout et on ferme les commentaires ! »

Oui j’ai blêmi. J’ai prévenu mon Dircom et il a blêmi aussi : « on supprime tout et on ferme les commentaires » a été sa seule réponse. Je n’en menais pas large j’avoue, mon salaud. Propulsée CM depuis à peine 10 jours, j’avais ma légitimité à défendre et surtout celle des réseaux sociaux à peine naissants de ma collectivité, pour l’existence desquels je plaidais depuis des mois..
Ton commentaire tu l’avais posté dans la nuit, et ce matin là c’était un vendredi,  je sentais venir le week-end merdique à surveiller Facebook chez moi avec compte rendu au boss toutes les heures. L’angoisse.

Et puis j’ai réfléchi et j’ai appelé au secours mon équipe de « coach anti troll » alias Benjamin Teitgen, Frank Confino et Marc Cervennansky, les « trollbusters » des réseaux sociaux. Et là, mon angoisse s’est diluée dans un coaching amical un peu fou, entre conseils pratiques et grandes envolées politico-managériales de mauvaise foi et j’ai ri. Grâce à toi, j’ai donc ri au bureau avec des amis… C’est bon, non ?

« 2h après, j’étais prête à rassurer mon dircom et à te mettre un bonne raclée, mon cher »

Chacun dans leur style, ils m’ont aidé et regonflée à bloc et, 2h après, j’étais prête à rassurer mon Dircom avec des arguments bétons, et à te mettre une bonne raclée, mon cher. On a rassuré la petite communauté de notre Facebook, on a expliqué, on a enfin pondu une charte de bonne conduite… On n’a pas fermé les commentaires, et on t’a circonvenu.

Tu es revenu deux fois le week end, même genre de messages, même ton, mêmes heures tardives. Et lundi matin, j’ai trouvé quatre chouettes messages de soutien public au travail du Conseil départemental postés par d’autres. Tu avais perdu. Et moi, j’avais encore plus envie de continuer. Alors merci ! Et à la prochaine hein ! #Love

life

[Texte écrit par Cécile Staroz-Ferrer]

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valentine-desboisNous l’appellerons Valentine Desbois, car cette amie, qui est chargée de communication et community manager dans une charmante ville de 20.000 habitants a préféré écrire une lettre à usage anonyme. Et pour cause. Dans cette missive très intime, Valentine s’adresse à son troll public sur les réseaux sociaux, et son troll de l’intérieur. Son aveu est libératoire.

Un crime au paradis

Troll, anagramme phonétique de l’autre. Celui avec lequel on échange, l’on débat. Quittons, à la faveur de l’anagramme, les affrontements, la mauvaise foi, les contre-vérités. Et échangeons.

J’ai envie de ça avec toi, tu en es capable. Parce que dans le fond, au-delà des apparences qui ne sont déterminées que par l’angle de vue, tu es mon autre. Toi que j’attends chaque jour, impatiente, désirante, je te l’avoue enfin, je t’aime. Notre amour est impossible, interdit, mais je ne peux plus taire les délices que ta correspondance m’inspire.

« Tu es tellement dans le vrai, mais je n’ai pas le droit de te le dire, je suis payée pour ça »

Je ne connais pas ton visage, tu aimes te déguiser ; d’ailleurs, arrête avec les minions s’il te plaît, je suis certaine que tu vaux mieux que cela. Au détour d’un mot de toi parfois malhabile, d’une outrance osée, je souris. Tu me fais rire. Je pense à toi souvent, surtout dans les moments les plus difficiles, c’est un signe. Tu es tellement dans le vrai. Mais je n’ai pas le droit de te le dire. Je suis payée pour ça.

Rude et sans pudeur, tu exposes un bon sens qui a d’abord su m’attirer par sa justesse. Tu vois clair dans les manœuvres les plus fines, aucune excuse ne te résiste, ton analyse est imparable. Cash, un peu bad boy. Je dépose le lisse de ma prose validée à tes pieds. J’en suis aux messages privés, où je garde une politesse sensée et diplomate. Je rêve de te rejoindre dans ces brefs échanges, de creuser les sujets que tu évoques. De débattre, enfin ! Pire encore, je voudrais partager avec toute la communauté nos conversations.

« Je suis vénale, je reste »

Je suis de ton côté, muette, mais avec toi. Je suis certaine que tu me rejoindrais, nous partageons la même vision. Et nous pourrions construire un monde meilleur tous les deux, trois, mille, nous appartenons à une communauté. Mais pour l’instant, je vis avec un conjoint respectable et notre histoire est sans issue. Je lui dois fidélité sans faille. Alors, un mot d’amour aussi pour toi mon troll légitime, celui que je croise en vrai, celui qui me sourit, avec qui je parle, mon tortionnaire privé, mon Stockholm rémunéré. Je suis vénale, je reste.

Pourtant, au début, je t’ai trouvé certains charmes, tu montrais des prédispositions prometteuses qui nous auraient permis de construire une si belle histoire, éclatante, vivante, pleine de projets plus intéressants les uns que les autres. Patiemment, je t’ai initié, je t’ai montré combien quelques mots, quelques gestes, un autre regard pouvaient être bons et riches. Au début, tu as aimé ça. Tu t’es appliqué et nous en avons tiré un grand plaisir. Nous étions sur la même longueur d’ondes. Je nous voyais conquérir ce petit bout de terre ensemble et en faire un lieu de paix et d’amour, d’épanouissement, nourri des idées de tout notre environnement, de discussions animées, d’influences insoupçonnées. Une maison ouverte.

« Sache-le, je te trompe avec mon troll, mon amour »

Mais on ne peut pas changer l’autre. Peu à peu tu as montré ton vrai visage. Au début, en décidant seul, puis en m’interdisant de parler. Tu as fermé portes et fenêtres, coupé le téléphone, tiré les rideaux sur le monde extérieur. Et tu as commencé à accrocher ta photo au mur, à ne parler plus que de toi, ton horizon se limitant à ta petite ascension. Au début j’ai tenté de te sauver de toi-même, j’ai lutté, pleuré devant celui dont je me détachais. Puis je me suis révoltée. Tu m’as enfermé dans une pièce obscure. Bâillonnée. Aujourd’hui, je reste, j’aime la maison, le quartier, nos voisins proches. Mais j’ai perdu tout amour pour toi. Sache-le, je te trompe avec mon troll, mon amour.

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[Texte écrit par Valentine Desbois]

————- (8) ————-

philippe-jolyC’est avec sa plus belle plume, trempée au vitriol, que Philippe Joly, dit Tonton Phil dans le milieu, a choisi aujourd’hui de déclarer sa flamme. Au napalm. Ce consultant en ingénierie, gentleman-philosophe des réseaux sociaux et pervers idolâtre 2.0, n’y va pas de main morte. Chirurgien des mots, il devient un boucher à trolls, faut le savoir. D’Elli Medeiros à Pharos, de Platon à Einstein, Tonton fait sa déclaration. (D)étonnant.

Tôa tôaaaaa mon troll (feat. Elli Medeiros)

Troll, trolling, troller. Trop laid.
Tôa, tôaaa, mon toi…
Tu es souvent par ici. Jamais quand ça discute intelligemment. Juste quand tu veux balancer 140 caractères hors sujet.

Tu es un bonheur. Juste parce que tu es là. Juste parce que j’ai touché là. Là, où t’es con. Tu arrives sans prévenir : c’est ta marque. Dans la discussion, tranquille, avec quelqu’un que je connais pas. Mais avec qui j’échange. Depuis longtemps. Et puis, « paf » ! Tu pollues.

Mais tu n’es pas l’ami qui passe, juste un inconnu qui se mêle à la discussion. Comme le mec qui t’adresse la parole, là, dehors, quand tu fumes ta clope, à la terrasse du bistrot où tu es avec tes potes. Salaud, va.

Mais je t’aime. Si. Parce que, malgré tout, cela signifie une audience. Même pourrie. Même hors sujet. On sourit, on prend un air dubitatif, voire choqué. Limite, je rigole. Tellement tu es à côté de la plaque. Le principe du troll. #TuAsVraimentRienCapté

« Tu es né dans une cave sans wifi, avec une 3G limitée et un cerveau associé : allégorie de la caverne »

Comme tout le monde, je me demande comment tu es arrivé là. En fait, tu agis comme un bot. Mais ça, tu le sais pas. Tu es né comme ça. Né dans une cave sans Wifi, avec une 3G limitée et un cerveau associé. Allégorie de la caverne.

Bon. Soyons clairs. Tu es celui qui parle de victoire du capitalisme, quand des milliers d’hommes sont morts pour nos libertés. Tu es celui qui parle de religion, quand les humains prouvent qu’ils peuvent s’aimer. Tu es celui qui parle de gauchiasse, quand on te parle amour de son prochain. Tu es celui qui parle pitié, quand tu parles de couples « différents ». Tu es celui qui parle déviance, quand je te parle d’homosexualité. Tu es… hors sujet. HS.

« Cher troll, je te conchie »

Tu ne vis pas dans le même monde que moi. Mais tu n’existes que parce que je suis là. Sans moi, tu n’existerais pas. Ben non. Désolé de te l’apprendre. Tu m’as amusé un moment. Très court. Et puis après, tu m’as fatigué. Très vite. Je t’ai éliminé. Comme tout inconnu des réseaux sociaux. Ou presque.

Bref. Cher troll, je te conchie. Tu n’es vraiment pas dans le même monde que moi. Ni de personne. Juste que tu n’es dans mon espace temps. Ce qui est déjà pas mal selon Einstein! Mais dans la déformation de l’espace temps (ondes de gravité, toussa… ), tu es vraiment hors de ma période. Donc restes-y.

Et fasses que Pharos reste loin de toi 😉
Bien le bonjour chez toi.
Gloire et prospérité.

Sinon, je te pète la gueule.
A 140km/h.
Avec une chaise (ou une pelle).

einstein

 

[Texte écrit par Philippe Joly,
également publié ici]

————- (9) ————-

severine-alfaiateComme l’écrivait Destouche « Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit ! ». Et c’est bien à un petit troll, que la grande Séverine Alfaiate, directrice de la communication de la ville d’Orsay, et community manager à ses heures, fait sa déclaration aujourd’hui. Tout le monde sait qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi. Elle lui fera donc une petite déclaration. Mais l’amour de Séverine n’en est pas moins grand. Small is beautiful.

Lettre à mon petit troll

Mon petit troll,
De moi tu te caches, je ne lis que tes mots sans connaître la lueur de ton regard ni la chaleur de tes espoirs.
Et pourtant je te le dis aujourd’hui, je t’aime.
Car de moi tu tires le meilleur.
À te lire, je deviens raison, calme et patience.
A te lire, je puise en moi l’amour pour mon prochain et je reprend l’envie d’avoir envie : celle de faire mon travail pour que tu sois unique. Toi.
Merci mon troll : dans le miroir de tes mots je me sens belle.
Moi. Et pure.
Ne change rien. Toi.
À très bientôt.

 

belleetclochard

 

[Texte écrit par Séverine Alfaiate]

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geraldine-sourdot2Troll, elle te crie son amour et l’écrit sur ses mains. Liberté, elle écrit ton nom sur les murs Facebook. Elle, c’est Géraldine Sourdot, directrice de la communication de la ville de Garges-lès-Gonesses, community manager et nouvelle snapchatteuse invétérée. Après avoir lu sa lettre d’amour, vous comprendrez que si quelqu’un vous dit « je t’aime parce que… », il faut se méfier.

Troll, moi je t’aime !

Mon cher troll, je t’aime.
Je t’aime parce que quand tu n’es pas là tu me manques. C’est d’un classique.  Je t’aime parce que la première fois où je t’ai lu, je t’ai reconnu.
Oui, je t’aime parce que le premier jour où tu es apparu je me suis dit : ça c’est du troll, du vrai, de compétition. Je m’en souviens comme si c’était hier, c’était en octobre et il faisait déjà froid dehors. Je me suis dit  qu’on devrait pouvoir faire quelque chose tous les deux. Je ne savais pas quoi alors mais peu à peu j’ai compris.  Un troll en embuscade. Tu as fait ton troll, tout doucement. Peu à peu, pas à pas, tu t’es installé.

Je t’aime, parce que quand tu ne t’incrustes pas sur mes timelines, limite je te cherche ; parce que, quand tu arrives, je suis soulagée. Je t’attends, sans t’attendre, tout en t’attendant.

« Évite quand même de parler de mes fautes d’orthographe et Bescherelle ta mère plutôt, s’il te plaît »

Je t’aime, parce que tu m’es souvent bien utile mon troll chéri. Tu me donnes des idées (si si je t’assure), l’opportunité de corriger le tir (tu peux pas comprendre), l’occasion de compléter une info (tu sais pas trop ce que c’est, toi, l’info).

Évite quand même de parler de mes fautes d’orthographe et « Bescherelle ta mère » plutôt s’il te plaît (abonne toi au passage c’est marrant). Utile donc, mais ça tu ne l’as pas compris sinon tu aurais déjà arrêté. Alors je ne vais rien te dire et, puisque au delà de 140 caractères tu ne sais plus lire, je vais plutôt t’écrire cette LDAM16 que tu ne liras jamais.

Un jour, de guerre lasse, tu partiras c’est certain, le troll dure trois ans on le sait bien. Mais en attendant, mon troll, mon cher troll, mon très cher troll, surtout… continue. Trolle-moi encore, je t’aime.

got

[Texte écrit par Géraldine Sourdot]

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thomas-biarneix

Thomas Biarneix est le CM du Conseil départemental de la Haute-Garonne, et généralement, il n’oublie pas de se raser, ni de se coiffer. Par contre, il oublie régulièrement les anniversaires, et fête parfois la St Valentin à Pâques. En revanche, comment pourrait-il oublier ses trolls, sans qui il ne serait rien ? C’est sur un hymne de Julien Clerc, que ce romantique étourdi a choisi de leur rendre hommage. Joyeux Noël, Thomas !

Lettre d’amour avec un peu de retard

J’oublie toujours les anniversaires… Je suis comme ça. J’aime partager des moments sympa avec les gens, dans la vie ou sur le web. Mais pour les événements marquants, j’ai toujours besoin de laisser passer la date avant de commencer à y réfléchir. Ce n’est pas fait exprès, mais c’est comme ça.

Alors quand il a été question de vous proclamer mon amour, vous vous en doutez, j’ai oublié. J’étais pourtant tellement emballé de vous expliquer à quel point vous faites de mon quotidien un métier unique. J’ai commencé un millier de fois cette lettre dans ma tête. Quel angle d’attaque ? Comment vous déclarer mon amour avec justesse ? Comment vous expliquer l’importance que vous avez pour moi ? Puis j’ai oublié.

Difficile pourtant de vous oublier. Tous les jours, de toutes les semaines, de tous les mois, de toute l’année, vous me rappelez que vous existez, que vous êtes là pour moi, pour nous. Qu’ensemble nous pouvons construire un web meilleur, un web où la discussion chaleureuse, autour de sujets éminemment complexes qui demandent être abordés avec un certain recul, est traitée avec discernement.

« Plus vous êtes fourbes et ingénieux, plus je deviens patient et pédagogue, plus vous rendez la parole publique, que je porte, encore plus forte »

Et vous, avec vos gros doigts parfois un peu maladroits, me remettez dans le droit chemin. Hier encore vous avez essayé d’égayer ma journée en essayant de mettre mon institution en porte-à-faux avec une autre institution locale. Rha ! J’adore ça.

À chaque fois que vous prenez la parole, vous rendez la parole publique, que je porte, encore plus forte. Plus vous êtes fourbes et ingénieux, plus je deviens patient et pédagogue. Plus vous essayez de créer de la discorde entre les membres joyeux et amicaux de notre communauté, plus j’en profite pour resserrer les liens entre les uns et les autres.

Plus vous vous attelez à votre tâche, plus je suis rigoureux dans mes pratiques. Plus vous dîtes de bêtises, plus je suis assidu dans le partage de mes sources.

Bref, tous les jours, de toutes les semaines, de tous les mois, de toute l’année, vous me rendez meilleur et faîtes vivre ma communauté, comme je n’arriverai (sûrement) jamais à le faire. Vous êtes le terreau solide de notre écosystème complet et complexe.

« Trolls.. .Je vous aime
Trolls… Je vous aime
Je n’en connais pas de faciles
Je n’en connais que de fragiles
Et difficiles
Oui… difficiles »

Merci à tous, et joyeuse Saint-Valentin… avec un peu de retard. 😉 <3

lionceau


[Texte écrit par Thomas Biarneix]

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karen-patouillet

Karen Patouillet, fondatrice de l’agence 24 et We Love Bourgogne, a sa région au cœur, mais aussi un troll qui lui est cher, élu de la République qui se reconnaîtra, et à qui elle adresse cette lettre… Que dis-je, cette déclaration-fleuve. Vous parlez franglais ou globish, don’t you ? Karen nous embarque dans un trip linguistique, du pêché originel à l’UNESCO, où l’on croise César, Cyrano, Don Quichotte et Shakespeare…

My dear troll,

Dès les premiers mots de cette correspondance, je t’agace. Je crée les conditions de nouveaux échanges interminables entre toi et moi. Ce n’est pas tant que j’aime ça. Mais je suis du genre obstinée, tendance jusqu’au-boutiste. Du genre gladiateur des causes qui me sont chères. Et que veux-tu, les faits sont là. Ils persistent. Tel un péché originel. Au commencement était le verbe. Il se trouve que le terme qui sert communément à te désigner sur les réseaux autorisés qui font l’objet de ce doux billet n’est pas issu du français ; pire, il connaît une acception anglaise. Il est un dérivé du verbe to troll : « pêcher à la traîne ».

« Insérer une once de la langue de Shakespeare dans notre communication ou dans nos marques est un fléau pire que la peste et le choléra »

Pêcher par le péché originel : quoi de plus idéal en cette période de post Saint-Valentin, me diras-tu. C’est ton fort, la Saint-Valentin. Tu aimes les Saints, les duels, les tête-à-tête. Je te vois d’ici, la main sur ton trackpad ta souris, bouillonnant, prêt à répondre en CAP LOCKS majuscules, à cette ultime provocation. Je te vois, tel Don Quichotte – ah non pardon, lui non plus n’est pas Français, prenons Cyrano, un gars de chez nous – monter au créneau pour pourfendre celles et ceux qui, dans ma lignée, osent penser qu’insérer une once, que dis-je, quelques mots de la langue de Shakespeare dans nos concepts, dans notre pensée, dans notre discours, dans notre communication ou dans nos marques, est un fléau pire que la peste et le choléra réunis.

Ô rage, ô désespoir, ô paradoxe ennemi

J’ai tout tenté pour nous réconcilier. Je me suis répandue en logorrhées de 140 signes découpées en épisodes co-produits par l’oiseau bleu, j’ai même failli t’envoyer mon CV pour te prouver que j’avais étudié quelques années les lettres modernes dans des institutions autorisées ; j’ai tout tenté pour t’expliquer que la communication touristique – tu sais, celle qui consiste à faire venir dans notre beau pays des gens qui habitent ailleurs, là-bas, à l’étranger – souffrait cette exception. Qu’un jeu de mots quelque peu anglicisé mais facilement compréhensible pouvait agir pour notre bien commun. Mais non, rien n’y fait. Tu t’acharnes et tu t’obstines. Tu me conspues, quand tu ne souhaites pas ma mort.

« And be careful my friend, Snapchat is furieusement swag, comme l’a récemment souligné l’hébergeur de cet espace collaboratif empli d’amour »

Mais encore une fois, les faits sont là ; eux aussi, s’obstinent à faire de ta démarche un paradoxe tout entier. Un oxymore. Car vois-tu, cher ami, ces vecteurs, ces canaux, ces moyens de communication modernes qui ont permis notre rencontre sont ceux qui font ta perte. En d’autres termes, mon cher corbeau, que tes mots semblent jolis, que tu sembles beau, drapé dans la facilité insolente de la défense de notre langue française ; mais comment ne perçois-tu pas que le plateau de fromages, qui nourrit ton plumage virtuel, s’appelle Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, LinkedIn. And be careful my friend, Snapchat is furieusement swag comme l’a récemment souligné le talentueux hébergeur de cet espace collaboratif empli d’amour. Et sont donc en ANGLAIS.

Eh oui, l’ami. Les noms de ces (beaux et florissants) véhicules gratuits de ton existence virtuelle, de ton ROI (non, pas le King, l’autre, tu sais) disent d’emblée la vacuité de ton propos, et le caractère inepte de ton combat.

Un combat inepte, inutile, quand il n’est pas purement ridicule. Voire pire. J’en veux pour exemple cet élu, dont la prose insultante et répétée à l’encontre de notre modeste entreprise d’amour, que dis-je, de Love, pour la Bourgogne sur la toile, nous gratifie régulièrement de ses DM ou de ses mails. Nous lui laisserons le privilège de l’anonymat, même si l’envie de poster ses messages sur notre wall, pour rendre à César ce qui lui appartient ne nous a pas manqué. Sic.

« Parlez français, bordel ! »
Une autre occurrence : « Arrêtez le globish ».

In a nutschell, comme on dit. A croire que l’inscription des Climats de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO (dont le siège est à NYC, yeah baby), ne l’a pas effleuré le moins du monde.

Ognon, ne pleure pas Jeannette

Bref, reprenons nos esprits. Parce que je sais que nos intérêts peuvent se retrouver sur la croisée des chemins pour la défense de l’accent circonflexe, j’ai envie une dernière fois de te prouver, cher troll, qu’on peut aimer la langue de Molière tout en sachant manier les anglicismes. Que c’est même là une nouvelle forme d’amour que de savoir admettre qu’elle est vivante et bien dans son temps. Foi de khâgneuse, je t’en prie, écoute moi.

Observe le monde qui t’entoure, observe les réseaux sociaux sur lequel tu sévis et qui rendent ton existence savoureuse. Avoue-le, tu y gagnes une notoriété : des likes, des followers, des challenges. De l’AMOUR, EN ANGLAIS, mon ami. C’est bien cela qui nous anime, qui nous fait vibrer : l’AMOUR, LE LOVE, des autres et des bons mots.

Après que tu as mené cette bataille, l’ami, contemple le champ des possibles : ne penses-tu pas qu’il est de bon ton, et de notre temps, d’admettre qu’il est préférable de voir ici et là quelques anglicismes accrocheurs au service de l’intérêt commun, pour autant que notre belle grammaire soit préservée ?

« Je peux t’assurer que ton Serviteur est un ayatollah de la faute de frappe et de l’accord désaccordé »

Ne penses-tu pas, par exemple, que la croisade contre le langage SMS soit plus porteur ? Oui, j’essaie de te faire changer de cible, c’est de bonne guerre, vois-tu.

De notre côté (je te surprends peut-être, mais je t’assure qu’on est plusieurs), même si We Love Bourgogne so much, forever and ever, je peux t’assurer que nous nous employons à respecter autant que faire se peut l’orthographe et le sens des mots. Je peux t’assurer que ton Serviteur est un ayatollah de la faute de frappe et de l’accord désaccordé. Je peux t’assurer que nous avons tous le même objectif : obtenir et susciter par les mots, les images, les échanges en tous genres, de l’amour, et toujours plus d’amour pour les choses qui nous sont chères.

Alors, si tu me lis, je te propose de faire un petit benchmark tour d’horizon des marques et des tendances ; tu constateras que la tribu des « amoureux-du-français-ouverts-aux anglicismes-respectueux » ne cesse de s’agrandir. Tu constateras que tu t’engages dans une impasse. (Synonyme moins glorieux : un cul-de-sac.)

Tu constateras que le mieux est parfois l’ennemi du bien.
Sur ce, all the best – si si, on peut tous être meilleurs, trust me.

atelierdushmollCrédit : atelier du schmoll 

[Texte écrit par Karen Patouillet]

————- (?) ————-

Et si vous rédigiez la 13e déclaration ? L’amour, vous le savez bien, c’est tous les jours, que ça se fête. Et les trolls, vous ne les gérez pas qu’à la Saint-Valentin. L’un d’eux vous a chatouillé, voire échaudé ? Alors à vos plumes, venez vous défouler célébrer l’amour (vache) du CM à son troll, faites-vous plaisir et envoyez-moi vos petits mots doux. 

Retrouvez les lettres d’amour, par ordre alphabétique de leurs auteurs :

– Séverine Alfaiate
– Valentine Desbois
– Cécile Ferrer-Staroz
– Damien Filbien
– Philippe Joly
– Pierre Renaud
– Noëlle Saunier
– Géraldine Sourdot
– Benjamin Teitgen
– Marc Thébault

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L’opération #LDAMT16 ne s’arrête pas à la Saint-Valentin non plus… Toute l’année, avec ce hashtag magique et sur le réseau social de votre choix, en 140 caractères ou plus, rejoignez la danse ! Vos coups de gueule « déclarations flash » sont également gravées dans la roche du Grand Storify de l’Amour à vos trolls.

 

A vous la parole !

déclarations qui seront retenues contre vous :

Consultant indépendant | Digital lover | Communication publique et corporate | Auteur, formateur et conférencier | Fondateur de l'Observatoire socialmedia des territoires | Membre-fondateur DébatLab | Ex directeur agence Adverbia et blog-territorial

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